mercredi 30 mars 2016

Une vie de pierre


D’Ambrussum, ne reste sur la colline que les bases des murailles, une grande rue qui traverse le souvenir de la ville fortifiée  et quelques bases de maisons qui ont été dégagées. Depuis quand est-elle déserte ?  Que sont devenues les maisons, les matériaux ? Se seraient-ils délités ?

Dans les environs d’Uzès, dans la commune de Gaujac existe une autre cité romaine. Il est étrange de trouver à l’entrée de cet oppidum un hameau et une église du Moyen Age. Après le départ des habitants partis se réfugier en des lieux plus sûrs, des carriers s’étaient installés. Cette communauté extrayait et taillait les pierres des maisons ou temples abandonnés et les revendait aux maîtres d’œuvre des chantiers environnants. Il est donc logique de penser que les châteaux, églises et villages des environs contiennent en leurs murs des souvenirs de la cité romaine.

Le recyclage des matériaux est un hénomène classique. Dans le livre   le biterrois narbonnais, p 259, (1) l’abbé Giry explique :
« … sur sa façade ( l’église paroissiale de Poilhes), nous découvrions, en 1938,une tête de marbre , qui avait été trouvée à Ensérune et utilisée comme vulgaire matériaux, lors de la construction. Or c’est le portrait de César qui devait orner le « forum » d’Ensérune ».
La tête de marbre a dû faire le chemin jusqu’à sa nouvelle destination perdue au milieu d’un grand tas de cailloux provenant du même endroit. Quelqu’un l’a ramassée. Quelqu’un l’a mêlée aux pierres de la façade… Absence d’intérêt pour le passé ? Volonté de le faire disparaître ? Aujourd’hui ce geste parait impensable et serait condamnable.
 Les constructions isolées dont les rénovations sont rares , peuvent être victimes de pillage, cédées ou vendues à l’usage de carrière. Les maçons achètent parfois des ruines pour démolir ou pratiquent leur propre « cueillette » dans la campagne.
Aujourd’hui, dans le cadre de rénovations de quartiers,  beaucoup de maisons démolies  voient leurs matériaux recyclés.
Les pierres sont réutilisées. Elles sont livrées dans de nouveaux chantiers.
Elles peuvent aussi être transformées en granulats recyclés. Cette manipulation modifie complètement la matière. C’est la fin du caillou. Le  béton coule à flots.
(1)  Abbé Giry Le BiterroisNarbonnais de la préhistoire à nos jours ed Esmeralda